La fragilité de cette identité de Juif d’Algérie

L’intelligence n’est pas un luxe

En octobre 1870, le décret Crémieux est adopté. Les Juifs d’Algérie deviennent alors citoyens français. Pourtant, quelques mois plus tard, cette loi est à nouveau discutée. Pire encore, son abrogation est envisagée.

Dans Le Décret (L’Éditeur à part, collection « Identités »), Philippe Zaouati revient sur cet épisode méconnu de l’histoire juive en Algérie coloniale. Il choisit, pour cela, la forme du journal intime. Ainsi, il donne voix à Élie, un jeune Juif d’Algérie et étudiant en droit. Du 6 mai au 1er septembre 1871, celui-ci accompagne en métropole des rabbins du Consistoire. Ensemble, ils cherchent à défendre le décret Crémieux.

Cependant, le narrateur ne livre pas une vision univoque de cet événement. Au contraire, il porte un regard critique sur le décret. Il interroge ce qu’il apporte. Mais il questionne aussi ce qu’il efface, voire ce qu’il enterre. L’entretien revient sur cette tension.

Léa Taieb — En préambule de votre livre Le Décret, vous écrivez : « Seuls quelques mots inconnus jaillissaient de temps à autre. […] Comme des fragments érodés d’un monde perdu. Dans l’ensemble, notre enfance baigna dans l’absence de la terre d’origine de nos parents. » On comprend donc que l’exil de vos parents n’a jamais vraiment été évoqué dans le cadre familial. Dès lors, comment cette histoire vous est-elle venue ? Et comment avez-vous imaginé Élie, ce jeune Juif d’Algérie qui participe, à sa manière, à la marche de l’Histoire et à la défense du décret Crémieux, adopté en octobre 1870 puis contesté en 1871 ?

Philippe Zaouati — Cette histoire est née d’un manque. En effet, l’histoire des Juifs d’Algérie m’était connue sur le plan historique. En revanche, elle ne l’était pas de manière charnelle. Je ne suis d’ailleurs jamais allé sur place. Je ne connais ni l’Algérie d’aujourd’hui, ni celle de mes parents. De plus, lorsque mon père est arrivé en France, il a entièrement laissé son passé de côté.

Si tu veux, je peux aussi t’en faire une version encore plus fluide et plus “presse / interview littéraire”, avec un ton un peu plus élégant.

Il a passé sous silence cette transmission, c’était peut‐être une façon pour lui de…

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