L’intelligence n’est pas un luxe
Une étrange mélancolie s’empare des observateurs de notre système éducatif. Alors que nous devrions nous réjouir d’avoir porté, en quelques décennies, 80 % d’une classe d’âge au baccalauréat et près de la moitié au niveau master, le doute s’installe. Partout, une petite musique malthusienne s’élève : et si nous avions « trop » éduqué ? Et si cette « surproduction » était le ferment du chaos à venir ?
Cette thèse, portée notamment par le chercheur Peter Turchin, rencontre un écho grandissant. Elle postule que l’instabilité politique naîtrait d’un excès d’aspirants aux élites pour un nombre de places limité. En créant des bataillons de diplômés frustrés, nos sociétés produiraient mécaniquement des « contre-élites » prêtes à renverser l’ordre établi. La solution suggérée en filigrane est glaçante : pour sauver la paix sociale, il faudrait réduire la voilure, « dé-massifier » l’enseignement et renvoyer les masses vers des tâches d’exécution, plus « concrètes », plus « utiles ».
C’est une erreur de diagnostic fondamentale, doublée d’une abdication morale. Prétendre que l’intelligence …